En bref : L’offshoring de services au Maroc — désormais désigné externalisation de services — ouvre droit, sous conditions, à une exonération totale d’impôt sur les sociétés pendant 5 ans, puis à un taux réduit de 20 %, ainsi qu’à une exonération de TVA à l’export en devises. Cette exonération n’est pas automatique : elle suppose une activité éligible (CRM, BPO, ITO, ESO, KPO), une substance réelle (salariés au Maroc) et un chiffre d’affaires à l’export. Trois voies y conduisent : le régime offshoring, la ZAI et le statut CFC.
Offshoring, externalisation, ZAI : une question de vocabulaire
Les termes ont changé, pas les avantages. Le législateur a remplacé « zone franche » par « Zone d’Accélération Industrielle » (ZAI) et substitue progressivement « externalisation de services » au mot « offshoring », pour des raisons de conformité fiscale internationale (sortie des listes grises). Dans le langage courant, on parle toujours de société offshore ou de nearshoring — voir nos stratégies de nearshoring et d’externalisation.
Le Maroc reste l’une des destinations les plus compétitives pour l’externalisation : proximité de l’Europe, main-d’œuvre francophone et multilingue, infrastructures télécoms à coût maîtrisé, et surtout un régime fiscal incitatif. La première étape pour en profiter est de créer une société au Maroc — y compris à distance pour un non-résident. Les formalités de constitution sont généralement traitées dans le cadre d’une assistance à la création de sociétés.
Le régime fiscal de l’offshoring de services
En vertu de l’article 6 du Code Général des Impôts, les sociétés d’externalisation de services bénéficient :
- d’une exonération totale d’IS pendant les 5 premiers exercices d’activité ;
- d’un taux réduit de 20 % au-delà (le taux de 35 % applicable aux bénéfices nets ≥ 100 M MAD ne s’applique pas à ce régime) ;
- d’une exonération de TVA avec droit à déduction sur le chiffre d’affaires réalisé à l’export en devises.
Ce régime s’applique que la société soit installée à l’intérieur ou à l’extérieur d’une plateforme dédiée (P2I Offshoring).
Une exonération sous conditions — pas un acquis automatique
C’est le point que beaucoup de porteurs de projet ignorent : l’exonération n’est pas généralisée. Pour en bénéficier, deux conditions cumulatives s’imposent :
- Nature de l’activité : elle doit relever du périmètre de l’offshoring de services ;
- Effectivité (substance) : la société doit exercer réellement au Maroc et y employer des salariés. Une simple boîte aux lettres ne suffit pas.
Les activités éligibles, définies par la circulaire 5/2016, se répartissent en cinq filières :
| Filière | Périmètre |
|---|---|
| CRM | Gestion de la relation client (centres d’appels, support) |
| BPO | Externalisation des processus métiers (compta, paie, RH) |
| ITO | Externalisation des technologies de l’information (dev, infra) |
| ESO | Ingénierie et R&D externalisées |
| KPO | Processus à forte valeur « savoir » (analyse, expertise) |
Offshoring, ZAI ou CFC : quelle voie pour l’exonération ?
Trois régimes distincts mènent à la même mécanique (5 ans d’exonération d’IS puis 20 %), mais sur des critères différents. Ils ne se cumulent pas : il faut opter pour le plus avantageux.
| Régime | Critère d’éligibilité | IS | TVA export |
|---|---|---|---|
| Externalisation de services (offshoring, Art. 6) | Activité dans les 5 filières + substance | 5 ans exon. → 20 % | Exonérée, droit à déduction |
| ZAI (ex-zone franche) | Implantation physique en zone dédiée | 5 ans exon. → 20 % | Régime de zone |
| CFC | Statut services financiers/pro, sièges régionaux | 5 ans exon. → 20 % | Exonérée, droit à déduction |
Le détail de chaque régime figure dans notre guide des exonérations d’IS au Maroc. Pour estimer le taux applicable après la période d’exonération, utilisez notre calculateur du taux d’IS.
TVA et retenue à la source sur dividendes
Les prestations de services utilisées à l’étranger (cœur de l’offshoring) sont exonérées de TVA avec droit à déduction (Art. 92-I-1° CGI) : la société peut demander le remboursement de son crédit de TVA (Art. 103-1°, demande trimestrielle). Elle peut également acquérir en exonération, pendant les 36 mois suivant le début d’activité, les biens d’investissement inscrits en immobilisations (Art. 92-I-6°). L’achat en suspension de TVA des produits et services nécessaires aux prestations exportées (Art. 94-II) est réservé aux entreprises exportatrices de services catégorisées par l’administration, dans la limite du chiffre d’affaires export de l’année écoulée.
À la distribution, les dividendes versés à l’associé (marocain ou étranger) subissent une retenue à la source, fixé à 11,25 % en 2026 (puis 10 % à compter de 2027). Les conventions fiscales peuvent l’abaisser davantage.
L’Offre Offshoring Maroc 2025-2030 : prise en charge de l’IR au-delà de 20 %, contribution à l’IS, primes
La circulaire du Chef du Gouvernement n° 15/2025 du 21 novembre 2025 fixe le cadre de l’« Offre Offshoring Maroc ». Elle s’applique du 1er juillet 2025 (dès l’exercice 2025) au 31 décembre 2030. Ses quatre mesures sont des contributions budgétaires et des primes de l’État, pas des dispositions du CGI : elles s’ajoutent au régime de l’article 6 (5 ans d’exonération d’IS puis 20 %), détaillé dans notre guide des exonérations d’IS, sans en modifier les taux. Les seuils complets (part exportée par année, effectifs minimums, trajectoire de création d’emplois sur six ans), les formules de calcul et des exemples chiffrés sont détaillés dans notre analyse de l’Offre Offshoring Maroc 2025-2030.
| Mesure | Ce qu’elle apporte | Conditions principales |
|---|---|---|
| Avantage IR (AIR) | L’État prend en charge la part de l’impôt sur le revenu (IR) qui dépasse 20 % du revenu brut imposable (RBI) de chaque salarié (10 % à Fès Shore, Tétouan Shore, Oujda Shore et dans les régions sans P2I), au prorata des services exportés ; l’entreprise retient l’IR normalement | AIR 20 % : part exportée du CA services (société nouvelle : 20 % les années 1-2, 50 % l’année 3, 70 % dès l’année 4) et effectif minimal (société nouvelle : 100 en CRM, 25 en BPO, 20 en ITO, ESO et KPO ; seuils relevés au-delà d’un an d’existence). AIR 10 % : 70 % exporté et création nette d’emplois cumulée sur 6 ans |
| Avantage IS (AIS) | Contribution égale à 56 % du taux d’IS appliqué, sur le résultat fiscal au prorata du CA services exporté | 70 % du CA services exporté et même trajectoire d’emplois sur 6 ans ; exclue si la cotisation minimale dépasse l’IS |
| Prime à l’emploi (PAE) | 17 % du RBI annuel par nouvel emploi direct stable | Recrue de nationalité marocaine, poste occupé au moins 18 mois consécutifs à temps plein |
| Prime à la formation (PAF) | 3,5 % du RBI annuel par nouvelle recrue, versée chaque année depuis l’embauche | Recrue de nationalité marocaine ; attestation annuelle d’éligibilité de l’AGCTN ; non cumulable avec les contrats spéciaux de formation OFPPT ni les programmes d’employabilité ANAPEC |
Le lieu d’implantation détermine les mesures accessibles. Dans une Plateforme Industrielle Intégrée (P2I), la société bénéficie des quatre mesures, ainsi que des infrastructures et du guichet unique de la plateforme. Hors P2I mais dans une région qui en compte une (un bureau ordinaire à Casablanca ou à Rabat, par exemple), seules la PAE et la PAF sont ouvertes. Dans les régions sans P2I Offshoring, les quatre s’appliquent. Cinq plateformes existent aujourd’hui (Casanearshore, Rabat Technopolis, Fès Shore, Oujda Shore, Tétouan Shore) et quatre autres sont prévues.
Les dossiers sont déposés auprès de l’Autorité Gouvernementale chargée de la Transition Numérique (AGCTN) entre le 31 mars et le 31 mai de l’année N+1, puis validés par le Comité Technique de l’Offshoring (CTO) ; le versement intervient dans les 60 jours ouvrables suivant un dossier complet. Aucune de ces mesures n’est cumulable avec les autres dispositifs de soutien à l’investissement de l’État.
Calculé sur l’IS effectivement appliqué, l’AIS ne produit rien pendant les cinq années d’exonération : il joue dès l’application du taux de 20 %, l’État restituant alors 56 % de ces 20 % sur les bénéfices à l’export.
P2I Offshoring et incitations sociales
Les Plateformes Industrielles Intégrées (P2I Offshoring) sont des espaces réservés aux activités d’externalisation, proches des grands centres urbains, avec guichet unique et offre immobilière flexible. L’installation se demande auprès du gestionnaire de la plateforme, dossier d’investissement à l’appui.
Au-delà du volet fiscal, plusieurs dispositifs allègent le coût de la masse salariale : financement ANAPEC de la formation (jusqu’à 70 %), contrats d’insertion (exonération des charges CNSS et de l’IR sur une indemnité de stage plafonnée à 6 000 DH bruts par mois, pendant 12 mois, pour les stagiaires inscrits à l’ANAPEC — l’exonération est perdue si le plafond est dépassé —, puis exonération d’IR du salaire plafonné à 10 000 DH pendant 24 mois en cas d’embauche en CDI) et programme TAHFIZ (exonération d’IR du salaire brut plafonné à 10 000 DH et prise en charge de la part patronale CNSS, dans la limite de 10 salariés sur 24 mois). La PAF de l’Offre Offshoring n’est pas cumulable avec les programmes d’employabilité de l’ANAPEC, ni la PAE avec les autres primes à l’emploi de l’État.
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